Tendre château et puissante tour

Tendre château et puissante tour

Tout semble opposer le château de La Baume et la Tour d’Apcher. L’un est le petit Versailles de l’Aubrac, l’autre dresse ses vestiges en Margeride. Mais, au-delà de leur confrontation de styles, ces deux hauts lieux du patrimoine lozérien invitent à plonger dans l’histoire du Gévaudan féodal.

Au dénuement de la Tour d’Apcher répond le raffinement du château de La Baume. Le premier est l’objet d’une patiente restauration par une association de passionnés, le second est chouchouté depuis un siècle et demi par la famille de Las Cases qui accueille 8 000 visiteurs par an.

La Baume, trésor vivant

Situé sur les contreforts de l'Aubrac, dans une région appréciée pour son isolement, à 1 200 mètres d'altitude, La Baume est l'un des plus hauts châteaux de France. La vieille bâtisse du roc de Peyre, l’une des puissantes huit baronnies du Gévaudan, fut démantelée au terme des guerres de religion au profit de La Baume. Vers 1630, Antoine de Grolée et son épouse Marguerite de Soulatges font construire la première partie du château. César, leur cinquième fils, hérite des nombreuses dettes de la baronnie. Malin, il rétablit sa fortune en tant que lieutenant-général du Roy pour le Languedoc et construit la deuxième partie du bâtiment avant sa mort en 1720.

« C'est à la fois une chance et une responsabilité de servir un bâtiment si particulier»

Délaissé durant la Révolution et l’Empire, le château de La Baume est acheté en 1850 par le sénateur Mayran pour sa fille, la comtesse de Las Cases. Depuis, quatre générations se sont succédées, habitant le château toute l’année, l’entretenant et l’ouvrant au public. « C’est à la fois une chance et une responsabilité de servir un bâtiment si particulier. Je suis heureux que mes enfants se considèrent eux aussi comme maillons d’une chaîne de transmission », raconte François de Las Cases, le propriétaire. Les amoureux du patrimoine peuvent ainsi admirer un ensemble où se mêlent le style rustique du Gévaudan du début du XVIIe siècle et celui plus épuré du XVIIIe, influencé par des artistes venus d’Italie et par les manufactures de Versailles. Les murs de granit à l'allure austère renferment un intérieur richement décoré en meubles, boiseries, tapisseries et tableaux. Ce qui vaut à La Baume son surnom de « petit Versailles du Gévaudan ». Le château a servi de décor à des émissions de télévision comme la Carte au trésor et à des films tels que Mont-Dragon avec Jacques Brel. « Il est rare de trouver un château qui soit tendre », témoigne le chanteur dans le livre d’or du château.

Splendeur passée du seigneur d'Apcher

La Tour d’Apcher témoigne elle aussi de l’influence passée des barons du Gévaudan. Parmi eux, le seigneur d'Apcher contrôla longtemps le nord du territoire. De la forteresse d'alors, subsistent une très belle chapelle castrale du XIIe siècle et un donjon carré, bâti sur le rocher, dont les 18 mètres dominent toute la Margeride à des lieux à la ronde. Tous deux classés monuments historiques. Mais il y a quinze ans encore, les vestiges du château étaient invisibles.

« Il nous a fallu quinze ans pour mettre à jour les vestiges du château, enfouis sous un monticule de terre.»

Si l’incroyable site médiéval retrouve de sa superbe, c’est grâce à l'association « Les Amis du Château d'Apcher » qui a réalisé avec méthode des campagnes de fouilles et de restauration. « Il nous a fallu quinze ans pour mettre à jour les vestiges du château, enfouis sous un monticule de terre », se rappelle son président, Jean-Noël Brugeron. Tous les étés, depuis 2000, un groupe composé d'archéologues, d’étudiants et de spécialistes comme des céramologues ont dégagé d'anciennes monnaies, des fers d'armes, ossements d'animaux, dés à jouer, boucles de ceinture et de superbes céramiques.

Ainsi que 9 000 pièces de monnaie du XIIe siècle, véritable « trésor d'Apcher » qui comblera bientôt la curiosité des visiteurs. Un ouvrage original a même été construit. Composé d’un escalier et d’une passerelle, traité en acier vieilli, il a l'aspect d'un engin de siège, à savoir… une catapulte du Moyen Âge qui permet l'accès au donjon.

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