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Chemins historiques

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Chemins historiques


Au temps des croisades

Les Turcs Seldjoukides en 1095 étaient les maîtres incontestés de la Palestine et de la Syrie qu’ils ont soumises, ils ont détruit les basiliques et immolé les chrétiens. Le pape Urbain II appela à la croisade pour libérer les territoires occupés. Le Gévaudan fut particulièrement touché par ce grand mouvement. Adhémar de Monteil et Raymond de Saint-Gilles qui était depuis dix ans comte du Gévaudan, devinrent tous deux les chefs de la division du Midi à laquelle appartinrent les croisés du Gévaudan.
Ils partirent le 15 août 1096 faisant le vœux d’aller au Saint-Sépulcre libérer l’Eglise de Dieu. Chaque baron leva séparément ses hommes et les équipa à ses frais. Ils avaient pour chef Raymond IV de Saint-Gilles, également comte de Toulouse. Ces armées pèlerines étaient composées de non combattants : femmes, enfants et personnes âgées. Au cours des siècles des croisades, l’habitude d’emmener les familles resta constante et les femmes jouèrent souvent un rôle important d’aide aux combattants. Les Francs avaient formé trois divisions qui empruntaient trois chemins différents. Les chevaliers et barons du Gévaudan passèrent par l’Italie du Nord, la Dalmatie, l’Albanie gagnant Constantinople qui était pour tous le point de ralliement. Ils eurent la marche la plus lente et la plus difficile en raison du nombre de combattants et à cause de la faim. Malgré un excellent approvisionnement de départ, les vivres leur manquèrent en Serbie et rien n’étant disponible sur place, ils durent continuer malgré leur manque jusqu’en pays byzantin. Ils faisaient environ 30 kilomètres par jour et arrivèrent à Constantinople, le 27 avril 1097. Parmi les barons gévaudanais engagés dans la croisade figuraient les familles d’Apcher, de Peyre, de Baume. Mais avant celui des barons et des seigneurs, il y eut en 1096 un départ massif des petites gens vers la Terre Sainte. La première croisade fut en effet un mouvement populaire avant d’être une expédition de chevaliers. C’était un phénomène sans précédent et qui demeure unique dans l’Histoire, car la guerre était alors réservée aux chevaliers. Malheureusement, ils furent massacrés par les Turcs aumois d’octobre, non loin du golfe du Nicomédie. Le 15 juillet 1099 à l’heure de midi, les Francs pénétraient dans la ville après un très long siège durant lequel ils souffrirent de la faim et de la soif. Ceux du Gévaudan y furent en « première ligne » puisque ce fut leur comte Raymond IV de Saint-Gilles qui reçut la reddition de la garnison, après avoir donné l’assaut. Le pape Urbain II mourut en 1099, l’année même de la reconquête de la Ville Sainte. Raymond IV de Saint-Gilles mourut en Terre Sainte en 1105 lors de la conquête de Tripoli.


Le chemin de Saint-Jacques de Compostelle

La route qui traverse le Gévaudan, mène du Puy à Roncevaux en passant par Conques et Moissac, via l’Espagne. Il fallut attendre le XIe siècle où l’engouement pour Compostelle se conjugua avec l’esprit de « Reconquista », pour voir affluer les pèlerins français. Le rôle de Cluny fut primordial car il organisa « l’intendance » inhérente au pèlerinage. Il fut même édicté des lois protégeant le pèlerin des « coquillards » (gens malhonnêtes abusant des jacquets) car entreprendre le pèlerinage était une entreprise à l’issue incertaine et la traversée de l’Aubrac dans notre département était particulièrement redoutée.
Le GR 65 mène le pèlerin depuis Saint-Roch à Nasbinals, en passant par Saint-Alban-sur-Limagnole et Aumont-Aubrac, pour ne citer que les principaux bourgs. La première rencontre avec un édifice religieux a lieu à Saint-Roch où non loin de la fontaine-oratoire aux eaux miraculeuses (guérissant de la peste) se trouve une jolie chapelle de granit, dans un cadre très agréable. Au château de Saint-Alban, prochaine étape sur notre itinéraire on peut voir la coquille et le bourdon*, emblèmes des jacquets sculptés sur le fronton du château mais aussi sur l’un des chapiteaux de l’église. Cette dernière, serait la chapelle agrandie de l’ancien monastère. Il était, tout comme les hospices, un élément vital pour les pèlerins qui y trouvaient réconfort chaleur et soin. Le Pont des Estrets, hameau voisin, doit sa raison d’être, au pont qui enjambe la Truyère et pour lequel on devait s’acquitter d’un péage au seigneur de Peyre. Aumont possédait un prieuré qui abrite aujourd’hui l’office de tourisme. C’est un beau bâtiment, en moellons de granit avec un portail en arc brisé et présentant une statue de Saint-Jacques, comme pour rappeler que le chemin passait, passe et passera toujours par ce village. L’église Saint-Etienne abrite à l’extérieur la croix dite « de l’Oustalet ». Sculptée des deux cotés du fût, on peut voir la Vierge et l’Enfant debout surmontant la coquille (ou bénitier) et à l’arrière la gourde, le bâton (ou gourdin) du jacquet. Quittant Aumont-Aubrac, une longue traversée s’annonce, ponctuée de quelques hameaux avant d’atteindre Nasbinals. Traverser l’Aubrac en été est un réel enchantement, où les nombreux ruisseaux procurent l’eau rafraîchissante et l’air emplit les narines de milliers de parfums. On dénombre 12 800 fleurs différentes sur ce plateau, une aubaine pour les botanistes ! Enfin à Nasbinals les groupes de pèlerins se séparaient parfois ici, certains continuant en direction de l’actuel GR 65, d’autres partant plus au sud, sur le « chemin de Saint-Guilhem». Les pèlerins suivaient davantage un faisceau de chemin qu’un tracé en particulier. L’église de Nasbinals en granit foncé de pur style roman auvergnat est attestée dès 1074.Magnifiquement restaurée, le choeur d’origine est à nouveau dévoilé. Le presbytère attenant est également un très bel édifice. Les moines qui s’occupaient de l’accueil dépendaient de la domerie d’Aubrac en Aveyron. Elle était une des plus connues sur le chemin de Saint-Jacques. En raison de son intérêt le chemin a été reconnu par le Conseil de l’Europe « Premier Itinéraire Culturel Européen » en 1997 et a obtenu le classement au patrimoine mondial de l’UNESCO fin 1998.

Le chemin de Régordane

Il emprunte une immense faille géologique nord-sud dans une chaîne de montagnes dressant une barrière transversale de 60 km de long. Il reliait les villes de Nîmes, Montpellier, Saint-Gilles au Puy et à Clermont. Ce chemin entrait en Lozère par Vielvic, traversait Villefort, passait à proximité de la Garde Guérin, à Luc et non loin de Langogne. C’est au Moyen-âge que la Régordane trouva réellement sa vocation de réseau commercial. En plus de son intérêt géographique, cette voie est un axe stratégique et économique important, reliant les ports de la Méditerranée aux foires de Champagne. Elle fut également un « chemin de foi ». Certains pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle venant du Puy l’empruntaient pour aller faire les dévotions à Saint-Gilles.
Au début du XIIe siècle la Régordane fut aménagée, plusieurs tronçons reconstruits. Le trafic augmentant, il attira vite les convoitises, chacun voulant monopoliser les péages ou s’approprier quelques précieuses marchandises venant d’Orient. Elle fut aussi le théâtre de voyages officiels royaux. Le XIVe siècle sonna la fin des heures de gloire de la Régordane. Le traité de 1308 repoussant les frontières de la France au-delà du Rhône, ce nouvel axe devint prioritaire et les foires franches de Lyon un rendez-vous économique incontournable. De plus, la Guerre de Cent ans et les bandes de routiers anglais occupaient et pillaient les châteaux du Gévaudan semant la terreur dans tout le pays. La nature capricieuse du Mont Lozère emporta dans la grande crue de 1403 plusieurs ponts et creusa des ornières, extirpant les pavés au fil du temps. Nul charroi ne pouvait y passer et le trafic beaucoup moins intense s’effectuait à dos de mulets. Il y eut un sursaut au XXVIIe siècle mais vers la fin du XVIIIe siècle, la voie étant à nouveau très abîmée, de plus en plus pénible et de moins en moins rentable, elle s’endormit à tout jamais dans un profond sommeil.
Avec la voie, de nouvelles activités se sont développées, des métiers liés au commerce vont se cristalliser. Tout d’abord les muletiers et charretiers. Le vin, essentiellement du Vivarais circulait en grande quantité sur la Régordane. Du sud, on importait de l’huile d’olive, des fruits, des épices et des étoffes précieuses en provenance d’Orient depuis les ports d’Agde, Aigues-Mortes, Saint-Gilles ou des foires de Beaucaire. Dans le sens inverse, circulaient des draps et toiles de Flandres, Picardie, Normandie ou Champagne et les cadis du Gévaudan. Les négociants sont la catégorie de commerçants la plus aisée. Ce sont souvent des bourgeois et les risques liés à leur activité sont minimes. Les commerçants drainent chez eux des populations des villages disséminés. Quant aux colporteurs, c’étaient des hommes courageux, affrontant tous les temps, les voleurs, devant connaître les patois des régions traversées, les poids et mesures en vigueur. Les courriers sont d’habiles cavaliers attachés à un personnage influent ou exerçant libéralement leur profession. Ils portent les missives importantes et descendent régulièrement dans les mêmes auberges le long des grands axes où l’hôtelier sert d’intermédiaire. Villefort, point de passage obligé, aurait pu être nommé « Villefort sur Régordane » car la voie le traversait de part en part. A la fin du XVIIIe siècle, aubergistes, cabaretiers et selliers représentaient 7 % de la population de Villefort et on ne comptait pas moins de douze marchands en la ville. Aujourd’hui on retrouve en parcourant Villefort des témoignages de l’architecture dite « régordannienne ». Ce « village-rue » présente plusieurs maisons des XVIe et XVIIe siècles. Dès le XIe siècle, la Garde-Guérin apparaît comme un lieu stratégique. Les habitants de la Garde s’étaient très tôt groupés en une communauté guidant et protégeant les voyageurs et marchandises en échange de droits de péage. La Régordane a permis la mise en place d’une organisation originale et la naissance d’une cité encore très appréciée aujourd’hui. D’autres édifices : le château de Castanet, celui du Champ, ont marqué l’histoire de cette région traversée par la Régordane.

Le GR 700 nouvellement homologué permet de retrouver parfois les traces des charrois au milieu de magnifiques paysages où murmure toujours un cours d’eau.


Le chemin de Stevenson

Trait d’union entre Haute-Loire, Lozère, Ardèche et Gard, entre Auvergne et Languedoc, le chemin qu’a ouvert Robert Louis Stevenson est aussi un lien historique entre deux cultures, entre deux religions. R.L. Stevenson est un jeune homme de 28 ans lorsqu’il entreprend ce périple en Cévennes pour tenter d’oublier son amour impossible avec Fanny Osbourne Vandegrift, une américaine mariée. Il n’est pas encore le brillant écrivain mondialement connu et n’est pas non plus un grand aventurier capable de gravir des montagnes. Non, Robert Louis a toujours connu une santé fragile mais il reste un grand rêveur et détient une volonté de fer qui lui permettra de réaliser les voyages les plus fous, comme ce périple à travers des régions inconnues de la France profonde du XIXe siècle. Le 22 septembre 1878, R.L. Stevenson quitte en effet Le Monastier sur Gazeille, près du Puy en Velay, pour entreprendre la traversée des Cévennes en compagnie d’une ânesse, Modestine. Douze jours, 220 k met beaucoup d’aventures plus loin, il arrive à Saint-Jean-du-Gard, près d’Alès, le 3 octobre au terme d’un voyage ô combien pittoresque ! Chaque soir, il prend soin de tenir son journal qui sera publié à Londres, en1879, sous le titre « Voyages avec un âne dans les Cévennes ». Rien ne prédisposait Stevenson à pareille randonnée à travers les montagnes du Velay, du Gévaudan et des Cévennes. Issu d’une famille bourgeoise de presbytériens écossais, il renonce à ses études d’ingénieur, puis d’avocat, pour se consacrer à l’écriture. A sa mort, à l’âge de 44 ans, en 1894, il lègue à la postérité essais, récits de voyages, romans, contes, lettres et poèmes. Il est notamment l’auteur de « L’île au trésor » (1883) et de « Docteur Jekyll et Mister Hyde » (1886), aujourd’hui grands classiques de la littérature. Ancêtre des randonneurs, Stevenson nous offre donc, à travers son journal de route en Cévennes, une formidable invitation au voyage, reprise aujourd’hui par tous ceux qui ont envie de marcher dans ses pas, à la découverte du Velay, du Gévaudan et des Cévennes. Comme lui, ils pourront se faire accompagner d’une Modestine pour suivre cet itinéraire devenu le GR 70 et découvrir le pays des camisards, dans la « Cévenne des Cévennes ».

Renseignements : Association Sur le Chemin de R.L. Stevenson
48220 Le Pont de Montvert - Tél : 04 66 45 86 31
Site internet : www.chemin-stevenson.org